Chapitre 36 – Envers et contre tous

Posté le Vendredi 25 février 2011

Note de l’Auteur

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36 chapitres ont été publiés à ce jour. De nombreuses lectrices me demandent si cette histoire est terminée. Non elle ne l’est pas. Une  petite dizaine de chapitres est encore à venir. Malheureusement, comme j’ai moins de temps et de motivation qu’avant, la mise en ligne des nouveaux chapitres est plus longue. Merci donc de votre patience et de votre fidélité.

Les reviews sont très appréciées. Cette fanfiction représente beaucoup de plaisir mais également un gros travail donc j’aime savoir ce que vous en avez pensé. Merci de laisser un commentaire… Bonne lecture !

Amicalement,

Doddy

 

Le début de l’été filait à toute allure. Elizabeth n’avait guère vu les semaines passer, et elle se rendait vaguement compte qu’il ne lui restait plus que quelques jours à participer à la Saison. En effet, juin avait cédé sa place à juillet, et à l’apothéose de la Saison, les courses Ascot, qui s’étaient déroulées du 17 au 20 juin, réunissant l’élite de la société londonienne, venue se passionner pour le rendez-vous hippique le plus attendu de l’année.

La jeune Mrs Darcy avait grandement diminué ses sorties mondaines, toute occupée aux préparatifs de son tour d’Europe avec son mari. Outre le voyage en lui-même, Darcy et elle travaillaient d’arrache-pied pour pouvoir s’absenter plusieurs mois d’Angleterre sans que Pemberley et les affaires de Darcy n’en pâtissent.

Leur relation avec Georgiana n’avait guère connu d’amélioration. La jeune fille avait décliné leur invitation à se joindre à eux pendant leur voyage, affirmant qu’elle ne voulait pas les gêner et qu’ils avaient besoin de se retrouver tous les deux après tant de mois mouvementés. Lizzie se réjouissait secrètement de la décision de sa belle-sœur, préférant de loin être seule avec son mari, mais déplorant néanmoins l’attitude obstinée de Georgiana depuis qu’on avait refusé sa main à Mr Stafford. Sa peine avait laissé place à la colère et au ressentiment à l’encontre des Darcy, et elle ne semblait pas pardonner à son frère.

Consultée, Lady Matlock avait affirmé qu’il fallait laisser du temps au temps, et que les probables fiançailles prochaines du jeune homme finiraient par convaincre Georgiana de la sagesse de la décision de Darcy. D’ici là, Elizabeth se désolait de voir le frère et la sœur habituellement si complices s’ignorer. Darcy avait tenté de se rapprocher de sa sœur après leur dispute mais elle s’était montrée indifférente. Orgueilleux, il avait cessé de faire des efforts, arguant qu’elle le décevait de se montrer si peu clairvoyante, et qu’il attendait qu’elle fasse le premier pas pour leurs retrouvailles. Depuis, son épouse tentait continuellement de l’encourager à plus de patience et de douceur, persuadée que Georgiana reviendrait vers de meilleurs sentiments.

Il avait donc fallu trouver une solution pour que quelqu’un veille sur Georgiana en l’absence du couple. Compte tenu des circonstances, Darcy était trop inquiet pour s’en remettre entièrement à la gouvernante de Georgiana, y compris à Pemberley. La réponse fut à nouveau apportée par Lady Matlock, qui proposa généreusement d’accueillir la jeune fille à Matlock Castle pendant la durée du séjour de Darcy en Europe. C’était tout à fait légitime étant donné que le colonel Fitzwilliam y résiderait également et qu’il était le tuteur de Georgiana. Ce serait l’occasion pour elle de retourner dans le Derbyshire et de profiter du cercle familial sans lequel elle se serait sentie isolée. Néanmoins, Elizabeth et son mari continuaient d’espérer qu’elle finirait par les rejoindre au cours de leur voyage.

Le début du mois de juillet fut toutefois marqué par un autre événement bien plus saisissant. Alors qu’elle s’apprêtait à monter en voiture pour aller rendre visite à une amie, Elizabeth fut arrêtée par le majordome, qui lui tendit une lettre sur un plateau d’argent. Elle reconnut immédiatement l’écriture de Kitty. Elle n’eut pas l’occasion de lire avant la fin de soirée, après le repas, alors que Darcy et elle s’étaient installés sous la tonnelle de leur cour intérieure aménagée en jardin d’été. Elle ne s’aperçut qu’à ce moment que la lettre avait été postée à Londres. Intriguée, elle l’ouvrit fébrilement, se demandant ce que Kitty faisait à Londres et pourquoi elle n’était pas venue à Darcy House.

Ma chère sœur,

J’espère que ma lettre te trouve en bonne santé, ainsi que Mr Darcy et Miss Darcy. Pardonne-moi de ne pas t’avoir écrit depuis plusieurs semaines. Après toutes les bontés que tu as eues pour moi, je me montre ingrate de ne pas te donner de nouvelles de moi. A ma décharge, tant d’événements se sont produits depuis ma dernière lettre que je n’ai guère eu l’occasion de t’écrire. C’est à peine si j’ai pu prendre le temps d’écrire à Jane pour la féliciter de la naissance de son fils !

Ces dernières semaines n’ont pas été moins calmes pour moi, comme tu auras le loisir de le constater à la lecture de cette lettre. Je ne sais guère comment te relater tout ce qui s’est passé, aussi le moyen le plus simple est sans doute que je commence par le début.

Tu te souviens très certainement des pénibles circonstances dans lesquelles j’ai quitté Londres en mai, et de ce qui avait motivé ma décision. Ce que tu ignores en revanche, c’est que Mr Cooper et moi nous sommes parlés la veille de mon départ, au même moment où tu avais cette conversation si pénible avec Lydia. Je sais qu’en lui parlant sans chaperon j’ai manqué à tous mes devoirs, mais rien n’était prémédité. Il m’avait fait parvenir un message auquel je ne comptais répondre que par écrit, mais nos chemins se sont croisés dans le hall de Darcy House alors qu’il attendait ma réponse. C’est alors que nous nous sommes parlé.

Il avait pris de solides résolutions concernant ses parents, contre lesquelles j’ai vainement lutté. Il désirait tout abandonner pour que nous puissions nous marier : sa famille, son héritage, jusqu’à son nom si nécessaire. Mais le prix à payer était que je devais également m’enfuir avec lui. Je n’ai pu m’y résoudre. Je vous suis trop redevable, à nos parents, nos sœurs et toi, pour vous couvrir de déshonneur de la sorte.

Mais j’étais loin d’imaginer à quel point sa détermination était inébranlable. Il m’a affirmé que si ses parents n’avaient pas consenti à notre union, ce n’était pas un aussi grand obstacle que si les miens s’y étaient opposés, car il a vingt-et-un ans et est donc libre d’épouser la personne de son choix sans le consentement de ses parents. Et il s’est juré d’obtenir celui de Père. C’est ainsi que je n’ai précédé Mr Cooper dans le Hertfordshire que de quelques jours. J’étais arrivée depuis à peine une semaine lorsqu’il s’est présenté à Longbourn. Je ne te décrirai pas la réaction de Mère et sa joie démesurée en l’entendant solliciter un entretien en privé avec Père.

Néanmoins, les obstacles sur notre route étaient loin d’être tous surmontés. Père n’avait jamais rencontré Mr Cooper et sa prévenance à son égard était trop grande pour qu’il lui accorde ma main immédiatement. Mais il lui a permis de venir nous rendre visite tous les jours, afin qu’ils puissent faire connaissance. Je soupçonne aussi notre père d’avoir voulu vérifier que mon attachement pour Mr Cooper n’était pas fugace comme aurait pu le laisser croire mon comportement de l’année dernière avant la fuite de Lydia. Père était également très inquiet de l’attitude des parents de Mr Cooper et de la façon dont nous pourrions subsister sans leur aide. Mais ces craintes ont été vaincues par la promesse de Mr Cooper de trouver un emploi.

Ma chère Lizzie, j’ose à peine croire mon bonheur, mais tous ces obstacles ont fini par être vaincus ! C’est aujourd’hui Mrs Jonathan Cooper qui t’écrit. Mon mari et moi avons uni nos destinées il y a deux jours à Meryton. Mon seul regret est de n’avoir pu vous inviter Jane et toi pour cette journée si heureuse. Mais tout s’est fait dans la plus grande simplicité. Les circonstances ne se prêtaient guère à de grandes manifestations de joie. Néanmoins, je rayonne littéralement et mon bonheur est complet. Bien sûr, les années à venir seront difficiles, et je redoute mes prochaines rencontres avec ma belle-famille, mais je ne regrette rien.

Ma seule crainte est que mon mariage vous fasse du tort à Jane, Mary et toi. Vous vous êtes montrées si bonnes avec moi que je me sens ingrate d’avoir fait passer mon bonheur avant votre réputation. Néanmoins, Père m’a assurée qu’il me défendrait contre toute attaque de ce genre, car selon lui aucune règle de bienséance n’a été brisée étant donné qu’il a donné son consentement pour que j’épouse Mr Cooper. Je prie donc pour qu’il ait raison et que personne d’autre que mon mari et moi n’aient à payer le prix de notre bonheur.

En attendant, nous sommes partis de Meryton, mais je ne puis te révéler où nous sommes. Mr Cooper craint trop de revoir ses parents dans l’immédiat, et m’affirme vouloir consolider sa position dans le monde avant de les affronter à nouveau. Ne me cherche pas dans l’immédiat, Lizzie, je me doute que le scandale sera grand à Londres lorsque la nouvelle de notre union sera révélée, et je pense qu’il est plus sage que nous disparaissions durant cette période.

En attendant nos retrouvailles, sois assurée de ma sincère affection, ainsi que de celle de mon mari qui demeure très reconnaissant pour toute l’aide que tu nous as apportée au cours des mois précédents.

Ta sœur affectionnée,

Catherine Cooper

Elizabeth n’en crut pas ses yeux et elle dut relire la lettre deux fois afin de s’assurer qu’elle n’avait pas rêvé et que Kitty était bel et bien mariée à Mr Cooper. Son exclamation retint l’attention de Darcy qui leva les yeux de son livre, curieux. Elle lui raconta tout et sa surprise fut égale à celle de son épouse.

« Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce jeune homme est entêté.

- Et surtout très amoureux ! Oh William, je suis si heureuse pour eux ! dit-elle en prenant la main de son mari.

- C’est une bonne nouvelle, en effet. C’est une bonne chose qu’il ait tenu tête à ses parents. Deux existences auraient été gâchées en vain.

- Mais les mois prochains ne seront pas sans difficultés… dit Lizzie d’une voix sombre.

- En sont-ils conscients ?

- Pleinement. Kitty a bien compris qu’il ne faudrait attendre aucune aide financière de la part des parents de son mari, et qu’il lui sera difficile de trouver un emploi avec le scandale qui risque d’éclater lorsque la nouvelle de leur mariage sera connue.

- C’est ridicule, ton père a donné son consentement et Mr Cooper était parfaitement en âge de se marier sans celui de ses parents.

- Tu sais bien que même s’il est dans son droit, Mr Cooper sera mal considéré car il a dénigré l’autorité de son père. Imagine ce qui se serait passé si tu m’avais épousée sans l’accord de ton père.

- Mon père t’aurait beaucoup appréciée, ma chérie.

- Là n’est pas la question, dit Lizzie en souriant.

- Il faut les retrouver. C’est la seule façon de les aider.

- Comment cela ?

- Je ne vois pas comment Mr Cooper pourra trouver un emploi par ses propres moyens. Je le sais honnête, travailleur et intelligent, mais sans les relations de ses parents, il n’arrivera pas à grand-chose. Il risque de trouver un emploi bien en-deçà de ses compétences et surtout mal payé.

- Qu’as-tu en tête ?

- J’avais proposé d’aider ton père à doter ta sœur. Cette offre tient toujours. Bien placée, cette somme pourra déjà leur assurer un petit revenu qui leur permettra de survivre. Et je suis prêt à embaucher Mr Cooper.

- Tu ferais cela ?

- Il fait partie de ma famille, désormais. Et je n’ai pas pour habitude d’abandonner mon entourage. Il a fait d’excellentes études, et je suis sûr qu’il sera compétent. Il commencera en bas de l’échelle, mais s’il est persévérant et ambitieux, il montera les échelons sans souci.

- Mais Kitty dit qu’ils refusent d’affronter ses parents.

- Il le faudra bien. De toute façon je suis convaincu qu’ils se cachent à Londres. Regarde le cachet de l’enveloppe : Kitty a envoyé cette lettre ici.

- Ils ont pu aller n’importe où après.

- Je ne pense pas : il va chercher un emploi à Londres, ce sont ses meilleures chances de trouver rapidement. »

 

 


Les jours suivants ne furent qu’incertitudes pour Elizabeth. Malgré elle, elle s’inquiétait pour le jeune couple qui était seul dans cette situation si difficile. Elle maudissait leur décision de se cacher qui empirait les choses. Elle écrivit à Jane, l’informant de la situation, même si elle se doutait que Kitty l’avait déjà prévenue. Elle reçut également une lettre de Mr Bennet qui relata les événements. Il était très heureux d’avoir donné son consentement aux jeunes gens, trouvant Mr Cooper sérieux et surtout très épris de Kitty.A peine une semaine après avoir reçu la lettre de Kitty, les Darcy eurent la désagréable surprise de recevoir les parents de Mr Cooper. Ces derniers peinaient à contenir leur colère et Lizzie le perçut dès leur entrée dans le salon de Darcy House. Néanmoins, Darcy ne semblait pas prêt à faire des excès d’amabilité avec des personnes si mal disposées et il ne s’en cacha pas. 

« Mrs Cooper, Mr Cooper. Voulez-vous vous asseoir ?

- Nous ne comptons pas rester longtemps, dit Mrs Cooper en prenant place en face d’Elizabeth.

- Vous vous doutez de la raison de notre visite, je suppose ?

- J’imagine que vous souhaitez nous parler de votre fils, dit Elizabeth.

- Votre nouveau beau-frère, madame !

- J’ai appris cette nouvelle.

- Et vous vous êtes bien gardés de nous l’annoncer.

- Ce n’était pas à nous de le faire mais à votre fils. S’il n’a pas jugé bon de vous le dire, nous n’en sommes pas responsables, dit Darcy d’un ton ferme.

- Nous nous sommes inquiétés pendant des semaines sans savoir où était notre fils, et il a fallu attendre tout ce temps avant de recevoir une lettre dans laquelle il nous annonçait son mariage !

- Donc il vous a informés et vous savez désormais qu’il est en bonne santé. C’est le principal.

- Ne le prenez pas ainsi, Darcy ! Toute cette histoire est scandaleuse ! J’aimerais bien savoir comment vous réagiriez si votre sœur se mariait sans votre consentement.

- Il n’est pas question de ma sœur, que je sache. Venez-en au fait, je vous prie.

- Le fait, c’est que mon fils m’a désobéi sciemment ! dit Mr Cooper.

- Votre fils a pris sa décision, il était en âge de le faire, et le mariage a été prononcé. Je ne vois pas ce que nous pouvons y changer, dit Elizabeth

- Ne me faites pas croire que vous auriez tenté d’empêcher ce mariage, vous avez été la première à l’encourager ! s’exclama Mrs Cooper.

- J’ai été franche avec vous, madame. Ma sœur et votre fils sont sincèrement épris l’un de l’autre. Je suis convaincue que leur union sera très heureuse.

- Donc vous approuvez le fait que mon fils ait bafoué notre autorité ? s’écria Mr Cooper. Et qui plus est qu’il se cache désormais comme un voleur ?

- Seul votre entêtement est responsable de cette situation. Vous auriez dû comprendre il y a bien longtemps que votre fils ne renoncerait pas à ce mariage. Il est dans son droit.

- Son droit ? Le droit d’épouser une jeune fille qui est bien en-dessous de sa condition ?

- Une jeune fille qui est la sœur de mon épouse, donc je vous prie de modérer vos propos. Je ne tolérerai pas qu’on porte atteinte à l’image de ma belle-famille sous mon toit, dit Darcy, peinant à se maîtriser après avoir vu son épouse blêmir sous l’insulte des Cooper.

- Vous avez épousé qui vous le souhaitiez. Votre situation vous le permettait !

- Seriez-vous en train d’insinuer que mon épouse n’est pas digne de son rang ? »

Les Cooper restèrent sans voix. Avant le début de la Saison, il aurait été bien plus aisé pour eux de contredire Darcy en affirmant que son mariage était une mésalliance, mais les succès éclatants d’Elizabeth Darcy en société et surtout sa grande amitié avec la Comtesse von Lieven l’élevaient bien plus haut qu’ils ne le seraient jamais eux-mêmes. Ils comprirent que dans leur colère ils avaient été trop loin, et que la colère de Darcy ne serait pas à prendre à la légère. Et, comme pour marquer son rang et son éducation, Elizabeth prit posément la parole.

« Toutes ces querelles sont futiles. Ce qui compte aujourd’hui c’est de les retrouver. Malgré toute votre colère, je suis sûre que vous êtes inquiets pour votre fils, tout comme je le suis pour ma sœur.

- Ma proposition de doter ma belle-sœur tient toujours. Ils ne seront pas sans ressource et je suis sûr que votre fils trouvera rapidement un emploi pour subvenir à leurs besoins, car je comprends que vous ne vouliez pas les aider financièrement.

- En ce qui me concerne, ce n’est plus mon fils. » dit froidement Mrs Cooper.

Tant de colère et de ressentiment glacèrent les Darcy. Ils comprirent que Mr Cooper avait très bien cerné ses parents et mesurèrent alors toute l’étendue de son sacrifice en décidant d’épouser Kitty sans leur accord. Émus, ils se regardèrent. Elizabeth savait déjà ce que son mari projetait de faire.

« Êtes-vous en train de dire que vous le reniez ?

- Définitivement. J’imagine qu’il est trop tard pour faire annuler ce mariage honteux. Par conséquent, nous refusons d’avoir le moindre lien avec lui, et il ne sera pas autorisé à voir sa sœur non plus. Nous le déshéritons et il ne devra plus jamais compter sur notre aide financièrement. Les portes de nos demeures lui seront fermées et nous nous arrangerons pour que nos relations lui fassent clairement comprendre notre façon de penser.

- Je pense qu’il l’a déjà compris depuis très longtemps, dit Elizabeth d’un ton acide.

- Et il va bien entendu de soi que Miss Bennet…

- Mrs Cooper vous voulez dire, précisa Elizabeth.

… que Miss Bennett ne sera jamais considérée comme ma bru sous mon toit. Elle reste pour nous une étrangère, dit Mrs Cooper.

- Dans ce cas je ne vois pas ce que nous avons à nous dire, dit Darcy.

- Nous tenions simplement à vous informer de notre décision.

- Pourquoi nous ? Il me semble que c’est plutôt mes beaux-parents et votre fils qu’il faudrait avertir, dit Darcy.

- Notre fils sait à quoi s’en tenir. Quant à vos beaux-parents, je suis persuadée que Mrs Darcy leur transmettra le message. Etant donné que c’est elle qui a encouragé ce mariage, il me semblait légitime qu’elle soit la première informée, dit Mrs Cooper.

- Vous avez bien fait. Je n’aurais jamais pu deviner que l’on puisse manquer de cœur à ce point. J’espère que vous reviendrez à de meilleurs sentiments à l’avenir, dit Elizabeth.

- Tant de sentimentalisme me touche, Mrs Darcy, railla Mr Cooper. C’est d’autant plus ironique que vos sœurs et vous-même semblez particulièrement douées pour vous marier au-dessus de votre condition.

- Nous nous marions par amour, mais vous m’avez prouvé maintes fois que c’est un concept qui vous est totalement inconnu. Et tout comme vous essayez de mettre votre fils au ban de la société, je vous avertis que je ne vous recevrai plus jamais, et que nombre de nos amis nous imiteront. En revanche, cette restriction ne concerne pas votre fille. Il serait injuste qu’elle paye le prix de vos erreurs. Maintenant je vous prie de sortir de chez nous. » dit Elizabeth en se levant.

Sa tirade laissa les Cooper et Darcy sans voix. Les visiteurs importuns prirent congé en étouffant leurs protestations de rage, tandis que Darcy peinait à contenir son fou-rire.

« Mrs Darcy, vous êtes incroyable ! Je me félicite chaque jour un peu plus de vous avoir épousée !

- Cesse donc de rire, je ne vois pas ce qu’il y a de drôle. Kitty et son mari sont introuvables, Dieu sait ce qui a pu leur arriver depuis leur mariage. Et pour couronner le tout, les Cooper viennent de les mettre au ban de la société.

- Cela ne durera pas. Je ne suis pas inquiet à leur sujet, et tu ne devrais pas l’être non plus. Mr Cooper est un jeune homme sensé, il saura prendre soin de Kitty. Et dès que nous les aurons retrouvés, il aura un travail et une rente suffisante pour les mettre à l’abri du besoin, pour peu qu’ils soient raisonnables. »

L’avenir ne tarda pas à lui donner raison. Quelques jours seulement après la visite des parents de Mr Cooper, une lettre arriva à Darcy House. Darcy avait en effet demandé à son homme de loi d’entamer des recherches pour retrouver le jeune couple et il ne lui fallut que peu de temps avant d’y parvenir. Conformément aux suppositions de Darcy, ils avaient trouvé refuge à Londres, chez Mr Malone, un ami d’université de Mr Cooper qui venait lui aussi de se marier et ne voyait aucun inconvénient à héberger les deux jeunes gens. Soulagée, Elizabeth embrassa tendrement son mari, se demandant pour la millième fois ce qu’elle serait devenue sans son aide et son affection constantes. Ils décidèrent de leur rendre visite immédiatement, et moins d’une heure plus tard, ils sonnaient chez Mr Malone. Une ravissante jeune femme rousse les reçut, se présentant sous le nom de Mrs Malone.

« En quoi puis-je vous aider ? leur demanda-t-elle après les avoir invités à s’asseoir et demandé du thé à sa domestique.

- Nous souhaiterions voir les Cooper. » dit Darcy.

Mrs Malone pâlit en entendant ce nom.

« Je n’ai jamais entendu ce nom, dit-elle la voix peu assurée.

- Mr Cooper a épousé ma jeune sœur. Nous avons toujours encouragé cette union. Il est inutile de les protéger de nous.

- Êtes-vous la Mrs Darcy dont tout le monde parle ?

- Je surtout la sœur de la nouvelle Mrs Cooper. Nous sommes ici pour voir la voir, ainsi que son mari.

- Comprenez bien, Mrs Malone : les parents de Mr Cooper l’ont renié et déshérité. Sans notre aide, Mr Cooper et ma belle-sœur seront dans une situation critique. Permettez-nous de les aider, s’il vous plaît, intercéda Darcy.

- Kitty parle souvent de vous, Mrs Darcy. Elle vous admire beaucoup.

- Alors si elle vous a parlé de moi, elle a dû vous dire que j’ai toujours favorisé sa relation avec Mr Cooper et que je suis très heureuse de leur mariage, quoi que puissent en dire les parents de Mr Cooper. »

Cette dernière phrase suffit à vaincre la méfiance de Mrs Malone. Elle chuchota quelques mots à sa domestique lorsque cette dernière revint apporter le thé. Et quelques instants plus tard, Kitty entrait dans le salon, suivie de près par Mr Cooper. Les deux jeunes gens poussèrent une exclamation de surprise en voyant que leur hôtesse était en compagnie des Darcy. Mais ils n’eurent pas le temps de s’interroger longtemps à ce sujet, car Elizabeth se leva aussitôt et prit sa sœur dans ses bras, tandis que Darcy serrait la main de Mr Cooper.

« Mais que faites-vous ici ? demanda ce dernier.

- Nous vous avons retrouvés. Vous devriez savoir qu’il est inutile de vous cacher. Cela n’arrangera pas votre situation.

- Mais nous faisons cela pour étouffer le scandale, dit Mr Cooper.

- Cela ne fera que l’entretenir, croyez-moi. Vous cacher sous-entend que vous souhaitez dissimuler quelque chose de honteux. Or vous n’avez rien fait de mal, dit Darcy.

- Et je suis si heureuse de vous revoir, et si heureuse pour vous ! dit Elizabeth. Vous avez pris la bonne décision.

- Elle n’a pas été aisée, dit Mr Cooper.

- Mais elle était courageuse, et vous ne le regretterez pas.

- Pensez-vous ? demanda Kitty ? Jonathan a écrit à ses parents, et ils ne répondent pas.

- Ne t’inquiète pas pour cela, ma chérie. C’était à prévoir, je te l’avais dit. » dit Mr Cooper en lui serrant la main.

L’affection qui les unissait était si évidente que les Darcy furent plus convaincus que jamais de la cruauté de la décision des parents du jeune homme, et du bien-fondé de leur envie d’aider le jeune couple à s’installer. Mrs Malone s’éclipsa discrètement, prétextant une tâche domestique urgente.

« J’ai une proposition à vous faire, dit Darcy. Tout d’abord, Elizabeth souhaiterait que vous vous installiez à Darcy House durant quelques temps. Le temps qu’il vous faudra avant de pouvoir trouver votre logement.

- Nous ne pouvons pas accepter, dit catégoriquement Kitty.

- Et pourquoi donc ?

- Le scandale rejaillirait sur vous.

- La belle affaire ! Nous sommes au-dessus de ça et je serais une bien piètre sœur si je ne vous venais pas en aide au moment où vous en avez le plus besoin.

- Il n’y aura de scandale que si tout le monde se tourne contre vous. Si mon épouse et moi-même ainsi que les Bingley et bon nombre de nos connaissances vous invitons, votre mariage ne suscitera aucune curiosité et encore moins de critiques. Comme je vous le disais tout à l’heure, c’est justement la discrétion qui sera mal interprétée.

- C’est entendu, vous viendrez chez nous et nous ne souffrirons aucun refus. Mr Darcy et moi-même allons bientôt partir en voyage, mais notre maison vous est ouverte.

- Par ailleurs, j’avais proposé à Kitty de lui verser une dot en complément de celle de Mr Bennet. Mon offre est toujours valable. Si vous me le permettez, je vous conseillerai comment la placer pour qu’elle vous rapporte une rente raisonnable. Cela vous permettra de subvenir à vos besoins pendant les premiers mois, et vous pourrez l’investir ailleurs après quand votre situation sera stabilisée. Et enfin, Mr Cooper, avez-vous trouvé un emploi ?

- Pas encore. Mes recherches n’ont pas porté leurs fruits mais je ne désespère pas.

- Et vous avez raison : je vous propose de vous embaucher.

- Mais vous n’y pensez pas !

- Très sérieusement ! A tel point que j’ai déjà demandé à mon homme de loi de préparer les contrats. Vous avez fait des études excellentes, et avant de vous renier, votre père ne tarissait pas d’éloges à votre sujet. Connaissant son caractère, je sais que ce n’était pas son orgueil paternel qui parlait mais que ses louanges étaient méritées. Vous êtes compétent, sérieux et motivé. Exactement ce que je recherche. Je dirais même qu’en acceptant vous me rendriez un grand service. Comme Elizabeth l’a dit, nous allons partir en voyage pendant plusieurs mois. J’ai besoin d’un homme de confiance pour s’occuper de mes affaires pendant ce temps. Mon contremaître et mon homme de loi vous assisteront.

- Je ne peux pas accepter, c’est beaucoup trop généreux de votre part.

- Faites taire vos scrupules. Je vous dis qu’en acceptant vous me rendrez service. Vous faites partie de ma famille.

- Mais je ne mérite pas tant d’aide !

- Vous avez choisi de passer outre l’accord de vos parents. Pensez-vous réellement pouvoir vous en sortir sans l’aide de personne ? C’est faire preuve d’une trop grande confiance en les gens. Croyez-moi, je connais ce monde, vos parents sont puissants et ils feront tout ce qu’ils pourront pour vous empêcher de trouver un emploi convenable.

- Pensez à Kitty, et pensez à nous, aux Bingley, à Miss Bennet. Votre mariage nous met tous dans une situation délicate. Nous vous soutenons car nous savons à quel point vous vous aimez et combien vos parents ont été injustes. Ne laissez pas une trop grande fierté vous pousser à refuser notre offre. Elle est généreuse comme elle doit l’être avec un membre de la famille.

- Si j’accepte, je vous serai redevable toute mon existence.

- Je ne vous propose pas de l’argent, je vous propose d’en gagner par votre travail. C’est une offre tout à fait honnête dans laquelle nous trouverons tous notre intérêt.

- Puis-je prendre quelques jours pour réfléchir ? » demanda le jeune homme.

Darcy s’apprêtait déjà à refuser mais Lizzie lui serra la main discrètement. Elle voyait que les jeunes mariés étaient à la torture, leur sens de l’honneur mis à l’épreuve par ces pénibles circonstances. Elle savait que si la situation était inverse, Darcy aurait eu tout autant de mal à étouffer sa fierté pour accepter une telle offre. Comprenant d’instinct le geste de son épouse, il donna son approbation.

« Mais je vous invite à venir séjourner chez nous dès que possible. Je suppose qu’il vous faut le temps de prendre congé des Malone et de préparer vos affaires, mais nous vous attendons dès demain à Darcy House. Cela vous convient-il ?

- C’est parfait. Je ne sais comment vous remercier, Mr Darcy. Je suis ravie de vivre à nouveau sous votre toit, avec Elizabeth et Miss Darcy.

- Et vous êtes la bienvenue, Mrs Cooper. »

Mrs Malone revint dans le salon, et les Darcy ne tardèrent pas à prendre congé. Ils étaient soulagés de savoir les deux jeunes gens à l’abri pour les mois à venir. Dès le lendemain après-midi, les Cooper furent donc confortablement installés à Darcy House, Elizabeth ayant mis à leur disposition une chambre et un salon pour leur usage privé. Elle s’empressa par ailleurs d’avertir Jane et ses parents que le jeune couple avait été retrouvé et que tout allait bien pour eux. Une lettre de Jane ne tarda pas à arriver, pleine de joie à l’annonce du mariage des Cooper. Elle relayait les vœux de bonheur que son mari adressait au jeune couple. Mr Bennet fut quant à lui soulagé d’apprendre que Darcy les avait retrouvés, et il remercia son gendre dans une lettre très sobre.

Darcy n’osa pas lui annoncer que la question de l’emploi de Mr Cooper n’était toujours pas réglée, le jeune homme s’obstinant à vouloir en trouver un autre car il souffrait de devoir être si redevable à l’homme qui était devenu son beau-frère. Darcy peinait à comprendre cette attitude. A ses yeux, Mr Cooper avait fait preuve de moins de scrupules lorsqu’il avait décidé de mettre en péril l’honneur des Bennet en demandant Kitty en mariage sans l’accord de ses parents. Elizabeth l’encourageait à faire preuve de plus de patience, lui rappelant qu’il aurait sans doute réagi de la même façon, et que cette attitude était toute à l’honneur de Mr Cooper. On ne pouvait après tout pas décemment lui reprocher de vouloir trouver un emploi par ses propres moyens !

La situation tourmentait Kitty bien plus qu’elle ne voulait l’admettre. Aux yeux de tous ceux qui l’avaient connue avant son mariage, elle avait changé. Elle rayonnait de bonheur, mais ce dernier était teinté d’inquiétude. Elle avait profondément mûri en quelques semaines, pleinement consciente que son statut de femme mariée lui donnait des responsabilités, d’autant plus dans ses circonstances troublées. Elle s’inquiétait moins de la façon dont son mari allait subvenir à leurs besoins (elle savait qu’il trouverait une solution et que sa famille serait toujours présente pour eux) que pour leur réputation et celle des Darcy. Sa plus grande crainte était en effet que les Cooper mettent tout en œuvre pour leur nuire et que cela ne rejaillisse sur leur entourage.

Elle ne tarda pas à découvrir que Lizzie n’avait que faire des menaces des Cooper et que sa position en société était suffisamment solide pour contrer leur influence. Et elle disposait sans le savoir d’une alliée précieuse en la personne de la Comtesse von Lieven. Elizabeth tint salon le jeudi suivant l’arrivée des Cooper à Darcy House, et elle avait convaincu sa sœur d’y participer également. La Comtesse von Lieven, qui passait ses derniers jours à Londres avant de rejoindre le domaine de campagne de ses parents, ne manqua pas de passer à Darcy House pour saluer Elizabeth et elle resta pendant une petite heure. Elle fut très surprise en apercevant Kitty qu’elle ne pensait pas revoir avant la Saison prochaine.

« Miss Bennet ! Quel plaisir de vous retrouver ici !

- C’est un plaisir partagé, Comtesse.

- Mais c’est désormais à Mrs Cooper que vous vous adressez, Comtesse, précisa Elizabeth.

- Mais alors la rumeur était vraie ! Mes félicitations ! Je vous souhaite beaucoup de bonheur à tous les deux. Vous formez un très beau couple.

- Je vous remercie, Comtesse. Cela me touche beaucoup, étant donné les circonstances.

- Mon Dieu, mais quelles circonstances ? Si vous voulez mon avis, vos beaux-parents ne savent pas ce qu’ils perdent en tournant le dos à leur fils et à une aussi charmante jeune fille que vous ! Ne perdez pas de temps à déplorer leur réaction démesurée, dit la Comtesse avec sa franchise habituelle.

- Malheureusement, tout le monde ne pense pas comme vous.

- Les opinions se manipulent aisément, dit la Comtesse. D’ailleurs, je vais vous le prouver. Je donne mon bal annuel la semaine prochaine. Tout Londres se battra pour y assister, mais mes invités sont triés sur le volet. Votre mari et vous en faites partie, je serai ravie de vous accueillir. »

Elle n’avait pas besoin d’en dire plus. Elizabeth connaissait désormais suffisamment les usages de la haute société londonienne pour savoir que quand la Comtesse prenait quelqu’un sous son aile, personne ne s’avisait plus de le critiquer ou même de l’ignorer. Elle adressa un sourire réconfortant à Kitty. Les ennuis des Cooper ne devraient plus durer très longtemps.

 

 


Dix jours plus tard, l’atmosphère qui régnait dans la chambre des Cooper à Darcy House était tendue. Kitty se préparait fébrilement pour assister au bal des Von Lieven, et l’angoisse la gagnait, malgré les efforts de son mari pour l’apaiser. Mr Cooper avait commencé à travailler pour Darcy trois jours plus tôt, et tout se passait à merveille même si le jeune homme peinait toujours à accepter l’idée qu’il devait presque tout aux Darcy. Il avait tenté de négocier âprement avec son beau-frère pour que ce dernier ne le paye pas, arguant que le fait de les héberger lui et Kitty, ainsi que la dot qu’il avait versée à la jeune femme étaient un salaire bien suffisants. Mais Darcy n’avait pas cédé, finissant par perdre patience en lui disant que justement il ne comptait pas subvenir aux besoins du couple pendant des années, et que lui verser un salaire mérité était le meilleur moyen pour que les Cooper puissent s’installer rapidement dans leur propre foyer. Se rangeant à cet argument, Mr Cooper avait faire taire sa fierté et travaillait désormais presque jour et nuit pour mériter tout ce que Darcy lui avait offert.Mais ce soir-là, l’enjeu était de taille. Ce serait leur première apparition publique depuis leur mariage, et ils ne savaient que trop bien combien tout dépendrait de la réaction des gens au cours de cette soirée. Qui plus est, leur première apparition en tant que couple marié aurait lieu dans les salons de la reine des mondanités londoniennes au cours d’un des événements les plus prisés de la Saison. Selon Mr Cooper, ils n’avaient rien à craindre, la seule invitation de la Comtesse von Lieven devant être un rempart contre toutes les critiques. Mais la sensibilité de Kitty ne lui rappelait que trop cruellement qu’il ne fallait pas confondre une absence de critiques avec une approbation. 

Néanmoins, malgré toutes les angoisses qu’elle avait surmontées depuis qu’elle avait accepté la proposition de mariage de Mr Cooper, Kitty ne regrettait rien. Elle en eut une fois de plus la confirmation en observant son époux se préparer. Sa gentillesse, son affection et son bonté d’âme le rendaient parfait à ses yeux. Elle savait que malgré tous les obstacles, leur bonheur était à la clé. Elle n’avait plus besoin de quiconque, la seule compagnie de son mari et de sa famille lui étaient indispensables. S’il lui fallait renoncer à la société, elle ne regretterait rien.

« Tu es splendide, lui dit son mari, la tirant de ses pensées.

- Ce n’est pas le but. Je ne veux pas qu’on me remarque.

- Ne dis pas cela. Tout va bien se passer. Et comme disent les Darcy, nous n’avons aucune raison de nous cacher.

- Tu sais très bien ce que les gens vont penser.

- Est-ce important ? »

Kitty croisa le regard amoureux de son mari et la réponse fut évidente.

« Non.

- Tout ce qui compte, c’est que nous soyons ensemble. Je me suis engagé à te rendre heureuse, et j’y parviendrai, avec ou sans l’approbation des autres. »

Ces paroles faisaient étrangement écho à celles qu’il avait prononcées le soir où il l’avait convaincue de l’épouser. Elle se souviendrait de ces instants toute sa vie.



« Enfuyons-nous pour nous marier. »

Les mots avaient résonné comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été. Kitty n’avait su quoi répondre, et elle était restée à fixer Mr Cooper à genoux devant elle, attendant qu’elle décide de son avenir d’un seul mot.

« Miss Bennet ? l’appela-t-il.

- C’est impossible, vous le savez bien. Nous ne pouvons pas faire cela.

- Mais je ne peux vivre sans vous ! Et je sais que vous ressentez la même chose à mon égard. Ne gâchons pas nos vies alors que nous pouvons être si heureux.

- Ce serait égoïste. Pensez à nos familles. Nous ne pouvons pas les déshonorer de la sorte.

- Tout comme je ne peux renoncer à vous. Je suis majeur, je suis en droit d’épouser qui bon me semble.

- Mais ce n’est pas mon cas. Il me faut encore attendre trois ans pour cela.

- Sauf si votre père accepte de me donner votre main.

- Je doute qu’il le fasse si vos parents n’acceptent pas notre union.

- Pas si j’arrive à le convaincre que je saurai pourvoir à tous nos besoins et vous rendre heureuse. Avec ou sans l’accord de nos parents, c’est mon souhait le plus cher donc cela ne sera pas un obstacle. »

Leur discussion avait continué ainsi durant dix minutes, au cours desquelles la résolution de Kitty avait vacillé peu à peu, vaincue par ses sentiments pour Mr Cooper. La flamme du jeune homme faisait taire toutes ses angoisses et lui faisait croire à l’impossible.

« Je ne peux pas m’enfuir avec vous. Je ne peux faire cela à ma famille. Mais rejoignez-moi à Longbourn dans quelques jours. Nous parlerons à mon père et j’espère qu’il se rangera à vos arguments.

- Oh Kitty ! Vous faites de moi le plus heureux des hommes ! Je patienterai des années s’il le faut, mais si vous le souhaitez tout comme moi, je vous épouserai ! »

 

 


Jonathan Cooper avait tenu parole. Il avait suivi la jeune fille dans le Hertforshire quelques jours plus tard et s’était présenté à Longbourn à peine arrivé. Tout comme Darcy, il avait été fort impressionné par Mr Bennet et dérouté par l’exubérance de celle qu’il espérait pouvoir considérer comme sa belle-mère un jour. Néanmoins, rien ne l’avait rebuté et il avait fait comprendre à Mr Bennet que les circonstances troublées qui entouraient sa demande en mariage ne feraient jamais fléchir sa volonté de rendre Kitty heureuse. Mr Bennet, mis au fait de l’affection des deux jeunes par sa correspondance avec ses deux filles aînées, était disposé très favorablement en faveur de Mr Cooper. Sa principale crainte résidait dans le manque d’indépendance financière de Mr Cooper. Ce dernier avait su se montrer convaincant et disait ne pas avoir peur de travailler pour assurer un train de vie confortable à sa future épouse. Quelques jours avaient suffi à le convaincre de lui accorder la main de Kitty.Le mariage avait eu lieu à Meryton. Très intime, il n’avait réuni que les parents de Kitty et Mr Malone, un ami de Mr Cooper qui s’était proposé pour héberger le jeune couple en attendant qu’ils puissent subvenir à leurs besoins en toute indépendance. Kitty n’avait pu résister à l’envie d’écrire à Elizabeth pour l’avertir de son bonheur. Elle ne s’était pas trompée en supposant que sa sœur soutiendrait leur mariage et elle se réjouissait de l’avoir fait car Darcy avait été d’une grande aide. Elle avait été en revanche très surprise du soutien de la Comtesse von Lieven. C’est pourquoi elle appréhendait tout particulièrement d’assister à son bal. 

A vingt heures trente, il fut temps de descendre dans le hall d’entrée où les Darcy les attendaient déjà. Elizabeth rayonnait dans une robe blanche brodée d’argent. La coupe, simple en apparence, était en réalité très étudiée et mettait en valeur sa silhouette fine et gracile. La traîne accrochée au poignet lui donnait une tournure irrésistible. Kitty se sentit maladroite et peu attrayante en comparaison. Mais un simple regard de son mari la rassura à ce sujet.

Tous se mirent en route dans un silence pesant. Les Darcy sentaient l’inquiétude du jeune couple mais rien de ce qu’ils auraient pu dire ne pouvait vaincre leur angoisse. Ils optèrent donc pour le silence. Néanmoins Darcy n’était pas sans savoir qu’Elizabeth se réjouissait d’assister à cette soirée qu’elle attendait depuis le mois de mars. Toutes leurs relations lui avaient vanté la magnificence et le raffinement du bal annuel de la Comtesse von Lieven. Lizzie avait hâte de découvrir par elle-même avec quel soin et quel goût la Comtesse avait préparé sa soirée. Elle savait que la décoration et la musique seraient exquises et que tout serait conçu pour que les invités passent un moment divertissant et inoubliable. Lorsque leur berline entra dans la cour de l’hôtel particulier des von Lieven, une grande foule s’y pressait déjà, en grande partie constituée de curieux qui n’étaient pas invités mais espéraient apercevoir les personnalités invitées par la Comtesse. La voiture s’arrêta dans un léger soubresaut. Kitty frémit en voyant Darcy ouvrir la porte, descendre et tendre la main pour aider Elizabeth à descendre. Impossible désormais de faire demi-tour, il faudrait bien que Mr Cooper et elle affrontent la foule et les critiques.

Doddy @ 17:26
Enregistré dans Chapitre 36